
Le festival est né d'un sentiment d'urgence. Celui de répondre à la fragmentation du monde en reprenant la main sur le dialogue. J'ai passé des années à accompagner des créateurs dans leur rapport aux technologies, à l'INA, au Forum des Images, et en créant un festival international dédié aux expériences immersives. Et j'ai regardé l'IA générative arriver comme un changement de paradigme. Ce qui m'a frappé, c'est une absence : des outils qui reconfigurent la création, les récits, les imaginaires collectifs, et personne pour poser la question centrale : au service de quoi ? On avait la puissance. Il manquait le sens. We Are Human, c'est prendre la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ce texte fondateur, universel, et la mettre en dialogue avec la création de notre temps. Voir ce que des artistes du monde entier en font. Voir ce que cela dit de nous, de maintenant.
Je crois qu'on doit travailler avec les outils de notre temps, non pas par enthousiasme naïf, mais parce que c'est le seul moyen de peser sur ce qu'ils deviennent. L'alternative, c'est laisser d'autres décider seuls de l'usage de ces technologies. Et ces autres-là ne partagent pas forcément les mêmes valeurs. Il suffit de regarder comment certaines puissances utilisent déjà l'IA pour automatiser le contrôle, concentrer les décisions, uniformiser les récits. Alors la vraie question n'est pas est-ce qu'on utilise ces outils ? C'est qui les utilise, avec quelles valeurs, pour raconter quoi ? C'est ce que j'appelle le détournement nécessaire : transformer une technologie de puissance en vecteur d'universalisme. Se réapproprier les outils, les récits, l'imaginaire.
Les grands festivals IA ont en général un angle esthétique ou technologique. Ils montrent ce que la machine sait faire, et c'est souvent impressionnant, parfois magnifique. Mais ça reste le plus souvent une vitrine, sans axe éditorial fort, sans engagement dans la durée, sans carnet d'éthique. Ce qui nous distingue, c'est qu'on ne célèbre pas la machine, on la soumet à l'examen. Et on le fait sur 30 éditions, un article de la DUDH par édition. Ce n'est pas juste un festival. C'est une plateforme de dialogue, un déplacement. Parce qu'on constate souvent des univers qui ne se parlent pas ou peu, du grand salon technologique au festival de création ou de cinéma, chacun dans sa logique, ses publics, son langage. We Are Human force cette rencontre : créateurs, technologues, philosophes, géopoliticiens, dans la même pièce, autour des mêmes œuvres, confrontés aux mêmes questions. Et ces questions s'ancrent dans chaque territoire : ce qu'on débat à Johannesburg sur la mémoire et la réparation n'est pas ce qu'on débat à Genève sur la gouvernance ou à São Paulo sur l'identité. Le festival vient à eux, avec leurs contradictions, leur histoire, leur urgence. Ce sont aussi des ateliers : d'acculturation, d'inclusion, pour comprendre ces outils et les pratiquer. Pas seulement regarder, faire. Les œuvres sélectionnées voyagent sur plusieurs continents, sont valorisées sur différents médias, et trois prix récompensent ceux qui éveillent les consciences et interrogent notre humanité commune .
L'IA n'est pas neutre : un algorithme est aussi un choix politique, entraîné sur des données orientées, filtrées par des cultures, des intérêts économiques, des visions du monde. Nous prenons ça au sérieux, et c'est précisément pour ça que le carnet d'éthique est au cœur du festival, pas comme un formulaire, mais comme une œuvre dans l'œuvre. Chaque créateur documente ses choix, ses sources, ses doutes, les limites qu'il a rencontrées. C'est notre réponse concrète : la transparence totale, plutôt que la posture.
La crainte est légitime, et je travaille avec des auteurs, des réalisateurs, des créateurs de toutes disciplines, je la rencontre concrètement. Mais il faut replacer les choses dans leur contexte : l'IA n'est pas arrivée d'un coup. Elle était déjà là, dans les logiciels de traduction, dans les outils 3D, dans les moteurs de recommandation. Ce qui a changé, c'est qu'elle est devenue générative. Et ça, c'est un déplacement, pas une disparition. Parce que co-piloter une création avec l'IA, ce n'est pas automatiser l'art. Si je vous donne le meilleur logiciel de montage vidéo du monde, vous ne faites pas automatiquement un bon film. Ce qui fait le film, c'est le regard, l'intention, la décision d'auteur. L'IA augmente la vitesse de création, et c'est aussi une vraie ouverture pour des créateurs qui n'avaient pas accès aux mêmes moyens de production : au Bénin, en Colombie, au Vietnam, une génération entière peut désormais produire avec une liberté inédite. Sur la question des droits, le modèle actuel est à repenser, non pas pour protéger moins, mais pour redistribuer mieux. Plusieurs initiatives ouvrent des pistes : la valorisation des archives publiques numérisées, les mouvements open source, les plateformes de partage du patrimoine commun. Partager pour amplifier, pas céder pour disparaître. Et puis il y a une question plus large, celle du relativisme culturel. Certains diront que les droits humains sont une construction occidentale. Mais aucune tradition, aucune culture, aucun récit ne peut raisonnablement justifier la torture, l'arbitraire, la négation de la dignité. L'Ubuntu africain, la philosophie confucéenne, les grands textes spirituels de toutes les civilisations convergent vers une règle d'or commune : le respect de la vie et de la dignité de l'autre. La DUDH de 1948 n'a pas inventé ces droits. Elle les a mis en commun.
Parce que le monde se raconte avec les outils de son temps, et que c'est à nous, créateurs, citoyens, humains, de décider du récit. We Are Human, c'est une aventure collective : des films qui voyagent de Paris à São Paulo, de Johannesburg à Genève, en portant à chaque escale les questions que chaque ville connaît dans sa chair, le métissage, l'apartheid, l'exil, la liberté. Le festival ne vient pas imposer une vérité : il vient ouvrir un espace. Pour débattre, pour créer, pour voir autrement. Et pour gagner des prix, aussi, parce que la création mérite d'être reconnue.

C'est une conviction, et elle est antérieure au festival. J'ai toujours cru que la créativité n'est pas un privilège. Elle n'appartient pas à une élite artistique, à un territoire, à un âge. Ce qui m'a convaincue de m'engager dans ce projet, c'est précisément ça : un festival qui ne demande pas qui vous êtes avant de vous laisser entrer. La participation à l'appel à films est gratuite — parce que valoriser les jeunes talents et l'égalité des chances, en France sur tous les territoires comme dans le monde, c'est un engagement concret, pas une déclaration d'intention. L'objectif est simple : donner accès, et faire la démonstration que c'est possible. Les conférences et les ateliers sont ouverts à tous. On ne filtre pas, on invite.
Absolument. Comprendre l'intelligence artificielle, ses enjeux, ses possibilités, ses limites, c'est un droit — pas un abonnement. Nous avons tous quelque chose à dire sur le monde dans lequel nous vivons. We Are Human est l'espace pour le dire.
Parce que ce sont eux qui portent l'avenir de ces questions. Un lycéen qui comprend aujourd'hui comment fonctionne un algorithme, qui apprend à le questionner plutôt qu'à le subir, c'est une génération entière qui change de rapport au monde. Les associations, elles, sont souvent les premières à travailler avec des publics éloignés du numérique, des personnes qu'on n'atteint pas par les canaux habituels. Les inclure, c'est élargir le cercle du dialogue.
L'idée est simple : venir comprendre et faire. Pas regarder de loin, mettre les mains dedans. On ne veut pas que l'IA reste une boîte noire réservée aux initiés. Ces ateliers sont pensés pour tout le monde : curieux, débutants, professionnels, jeunes, moins jeunes. On débloque les peurs, on montre que ces outils sont accessibles, et surtout on explore ce qu'on peut en faire quand on leur donne une intention humaine.
J'ai longtemps travaillé dans des structures où la mission primait sur tout le reste, où l'impact comptait autant que le résultat. Ce qui me tient dans We Are Human, c'est exactement ça : un projet qui a du sens au-delà de lui-même. On ne fait pas un festival pour faire un festival. On construit quelque chose qui interroge, qui forme, qui connecte des gens qui ne se seraient pas rencontrés autrement. C'est cette dimension-là, sociétale, humaine, collective, qui me donne envie de me lever le matin.
N'attendez pas d'être prêts. L'IA donne accès à des outils de création que des générations entières n'ont pas eus. Vous avez une histoire à raconter, un regard sur le monde, une question qui vous habite, c'est tout ce qu'il faut. We Are Human est fait pour vous. Pour tous les humains.